"Or, pour le numérique, il n'y a pas d'art, ni même de formes sensibles propres à un matériau ou à un instrument. Le numérique opère non pas sur du "n'importe quoi", mais sur du "moins que rien"."

Edmond Couchot et Norbert Hilliaire, L'art numérique, Paris, Flammarion, 2003

28 février 2013

Aziz et Cucher, Dystopia, 1995


Fiche technique de l'oeuvre :

- Support : Photographie
- Réalisation : Aziz et Cucher
- Date : 1994-1995
- Visibilité : Google image
- Condition de diffusion et d'exposition : Biennale de Venise en 1995. Los Angeles Country Museum. Ansel Adams Center, San Francisco.
- Langue d'origine : Anglais


        Aziz et Cucher sont deux artistes américains. Dystopia de 1995 est une série de portraits modifiés sur l'ordinateur. Je vais m'attacher plus particulièrement à un double portrait; qui m'amène à me poser la question suivante. En quoi l'hyper-réalisme de l'oeuvre d'Aziz et Cucher crée-t-elle un mal être chez le spectateur?
Ce photomontage montre que, privé de ses sens l'homme se retrouve seul. Il peut alors, avec l'art numérique, devenir tout le monde et perdre sa propre identité. Ce qui crée finalement un corps étrange provoquant la peur et le mal être du spectateur.

         La première peur de ce spectateur est la coupure de l’être avec le monde extérieur. On peut observer sur la photographie que les deux personnages ont été privé de leurs bouches, leurs yeux, et leurs narines. Ces orifices qui permettent de nouer des liens avec l'extérieur et les autres, une fois recouvert de peau place l'homme dans un handicap qu'il ne peut maîtriser. Tout ce qui lui permettait de vivre; respirer, manger, voir, entendre est supprimé. Il n'a plus de lien avec le monde extérieur et avec ses semblables. Ses fonctions vitales perdent de leurs utilités. Hans Bellmer dans Poupée en 1933 montre aussi, que modifiées ou déplacées les parties d'un corps pourtant indispensables peuvent devenir simple objet et être inutilisables par l'homme. 

        Lorsque le spectateur observe Dystopia, il se rend vite compte que l'identité des personnages est supprimée, un second mal être est donc créé chez lui. Les orifices étant supprimés, nous n'avons aucun moyens de différencier un homme d'un autre. Ces deux personnages sont rendus commun, ils peuvent être tout le monde. Que ce soit chez Valérie Belin dans Série Mannequin en 2003, ou dans Série Xtérior de Désirée Dolron en 2001 la perte de l'identité est visible grâce à la création de personnes totalement vidées de sentiments. Tout au long de leurs séries ces deux artistes ont montré le même genre de femme, ayant un regard vide et la peau parfaite d'une poupée. Aziz et Cucher ne cherchent pas à rendre le personnage parfait mais à lui ôter toutes caractéristiques lui permettant d’être différencier. La couleur de ses yeux ou la forme de sa bouche permet à un individu d’être unique. Une série montre des hommes tous traités de la même manière. Grâce à l'art numérique et au fait de faire leur projet en série Aziz et Cucher ont supprimé l'individualité.    

        Le fait d'avoir enlevé à ces personnes toutes identités et tout liens avec le monde extérieur crée un corps qui n'est qu'une enveloppe. Quand le spectateur observe Dystopia il est choqué par le fait que ces deux personnages l'un à coté de l'autre et probablement nus n'ont pas de signe permettant de juger si ils sont homme ou femme. L'hyper-réalisme de la photographie accentue la ressemblance des personnages avec des hommes réels. Aziz et Cucher se servent des peurs des spectateurs comme l'homophobie, afin de les questionner et de créer un autre mal être. Dans ses Portraits d'enfants, Loretta Lux choque le spectateur en enlevant à des enfants tout signe de vie. La mort plane aussi dans l'oeuvre Soldiers de Suzanne Opton en 2004. Dystopia reprend aussi dans ses photographies cette idée de mort. Le fond fait penser aux hôpitaux, ou du moins à une salle d'opération. Cette dernière peur pour le spectateur est la création d'un autre, ces personnages n'ont plus les caractéristiques d'un homme, ils sont donc différents et la différence fait peur. 

        Pour conclure, je peux dire que l'oeuvre d'Aziz et Cucher choque le spectateur car elle reprend ses peurs et ses doutes ainsi que ceux de la société.


Damais Charlotte, Licence 1ère année, 2012-13  






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